Les sept années passées ont constitué un parcours hors du commun pour l’institution monétaire européenne. D’une période marquée par une inflation durablement faible, le contexte a basculé vers des chocs inflationnistes récurrents, combinés au cycle de resserrement le plus rapide de l’histoire de la Banque centrale européenne, selon les réflexions personnelles partagées par Isabel Schnabel.
La fragmentation géopolitique et l’évolution de l’économie mondiale ont rendu l’environnement moins prévisible. Face à ces incertitudes, la première leçon est de privilégier des instruments permettant d’ajuster rapidement la politique monétaire dès que la situation l’exige. Les responsables peinent initialement à reconnaître la transition vers un régime où l’inflation était sous-estimée, en raison d’un passé marqué par une prévision excessive de la hausse des prix.
La flambée inflationniste post-pandémie s’est distinguée par le fait qu’elle était alimentée dans une large mesure par la progression des profits unitaires plutôt que par les coûts salariaux unitaires, tandis que la courbe de Phillips a connu un raidissement. De plus, la transition entre l’ancien excédent d’épargne et une abondance d’obligations, portée par les besoins d’investissements liés aux transitions écologiques et numériques ainsi que par le contexte géopolitique, exerce des pressions haussières sur les taux d’intérêt naturels.
Le recours à des engagements rigides, à l’image des orientations prospectives passées jugées trop guidées par une vision d’inflation basse, a pu lier les mains des autorités. La BCE rappelle que son instrument de référence demeure l’ensemble des taux directeurs, jugés plus agiles que les achats d’actifs à grande échelle qui continuent de produire des effets accommodants bien après leur terme. Toutefois, les achats d’actifs conservent un rôle pour stabiliser les marchés illiquides ou contrer des pressions déflationnistes, des mécanismes illustrés par l’outil de protection de la transmission qui sépare les actions de stabilisation des marchés du calibrage de la politique monétaire.
La seconde leçon concerne la réaction à adopter face aux chocs économiques. Auparavant, la distinction entre choc de demande et choc d’offre dictait la conduite à tenir, les premiers nécessitant une action immédiate tandis que les seconds pouvaient être ignorés. La multiplicité des chocs simultanés, incluant les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le conflit en Ukraine ou encore les tensions au Moyen-Orient et les besoins budgétaires pour la défense et l’intelligence artificielle, montre que cette distinction peut s’avérer trompeuse.
Un choc d’offre négatif d’une ampleur et d’une persistance suffisantes est susceptible de projeter l’inflation au-delà de la cible, imposant une réaction monétaire opportune afin de contrer des effets indirects sur les prix et les salaires.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
