Des chercheurs de l’Institut Max-Planck de biologie à Tübingen, de l’Université de Géorgie, de l’Institut Pasteur, de l’Inserm, de l’Université du Manitoba, de l’Université de Californie à San Diego et de l’Institut de médecine tropicale de l’Université de Tübingen ont mis en lumière le rôle du microbiome intestinal dans la réponse immunitaire à la suite d’une vaccination.
La vaccination demeure un moyen primordial pour prémunir les populations contre les infections. Toutefois, la survenue d’effets secondaires, tels que la fièvre ou des manifestations grippales, varie considérablement selon les individus, tandis que d’autres ne constatent aucun signe. Cette appréhension face aux effets secondaires indésirables peut freiner la participation vaccinale.
Pour analyser ce phénomène, une équipe pilotée par Ruth Ley, rattachée au département de science du microbiome de l’Institut Max-Planck, a lancé l’étude baptisée µHEAT. Bénéficiant du soutien de Meral Esen, issue de l’Institut de médecine tropicale de Tübingen, cette recherche a suivi de jeunes adultes bien portants vaccinés contre le SARS-CoV-2 au cours des années 2021 et 2022. Les volontaires ont transmis des échantillons fécaux, des prélèvements sanguins et ont consigné régulièrement leur température corporelle.
L’impact des protéines flagellines sur l’inflammation
L’analyse microbiologique a mis en évidence que les sujets susceptibles de présenter une forte fièvre affichaient, dès la période pré-vaccinale, une activité supérieure des gènes bactériens associés à la motilité. Cette particularité concerne notamment la formation du flagelle, constitué de flagellines. Ces protéines, également produites par des agents pathogènes tels que Salmonella, sont reconnues par l’organisme comme des signaux d’alerte, déclenchant ainsi un processus inflammatoire.
Pour vérifier l’origine de cette disparité, l’équipe a procédé à l’implantation de microbiomes fécaux humains dans des organismes de souris dépourvues de flore intestinale. Après l’injection du vaccin, les rongeurs ayant reçu le microbiote de participants sujets à une fièvre élevée ont manifesté des réactions inflammatoires plus fortes. Hirohito Abo, de l’Université de Géorgie à Atlanta, précise qu’un mode d’alimentation occidental riche en lipides majore les réactions inflammatoires vaccinales chez ces animaux.
Le rôle modulateur de l’alimentation
Les investigations se sont également orientées vers les facteurs environnementaux, en particulier l’alimentation, afin de comprendre la surproduction de flagellines. Les participants consommant une alimentation abondante en fruits et légumes ont généralement manifesté des épisodes fébriles modérés après leur injection.
Benoit Chassaing, directeur de recherche Inserm au sein de l’Institut Pasteur, indique que certains additifs alimentaires stimulent fortement la synthèse de flagellines par des bactéries de l’écosystème intestinal. L’alimentation actuelle participe donc au modelage du microbiome et influence l’intensité des réactions survenant après la vaccination, ouvrant la voie à de futures recherches sur de possibles interventions nutritionnelles.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
