Les phtalates et les phénols constituent des composés chimiques que l’on retrouve dans notre cadre de vie et notre alimentation. Un grand nombre d’entre eux agissent en tant que perturbateurs endocriniens, modifiant l’équilibre hormonal durant la phase fœtale ou la petite enfance. Afin de mesurer les répercussions de ces polluants sur le développement cognitif, des chercheurs de l’Inserm rattachés à l’université de Grenoble-Alpes, en lien avec le CNRS, le CHU de Grenoble et l’université de Grenade, ont examiné le quotient intellectuel d’enfants âgés de trois ans ayant subi une exposition périnatale.
Les conclusions de ces travaux ont vu le jour au sein de la revue Environmental Health Perspectives. L’enquête repose sur le suivi d’un groupe comprenant 380 mères ainsi que leur progéniture. Pour obtenir des données précises malgré la fluctuation rapide des taux de ces substances dans le corps, l’équipe a eu recours à plusieurs prélèvements urinaires répétés, se distinguant ainsi des méthodologies antérieures souvent limitées à une unique collecte. L’évaluation du quotient intellectuel a par la suite été confiée à un neuropsychologue par l’intermédiaire d’un test standardisé, tout en intégrant d’autres paramètres comme le parcours académique des parents ou la durée de l’allaitement.
Les substances ciblées par les chercheurs
En s’appuyant sur des investigations menées au préalable sur l’animal et l’humain, les scientifiques ont défini un groupe de six substances jugées prioritaires en raison de leur toxicité potentielle sur le plan cognitif. Cette liste inclut les bisphénols A et S, ainsi que quatre phtalates spécifiques : le DEHP, le DEP, le DnBP et le DiBP. D’après Vicente Mustieles, de l’université de Grenade, cette sélection initiale a guidé l’élaboration des modèles statistiques, rendant les associations négatives plus perceptibles. Rémy signale de son côté que cette démarche bibliographique renforce la cohérence biologique des observations recueillies.
L’analyse met en lumière un lien entre l’absorption combinée de ces six éléments au cours des trois derniers mois de gestation et la baisse du quotient intellectuel mesuré à l’âge de trois ans. Concrètement, le score moyen diminuait de 2,86 unités lorsque le niveau d’exposition globale s’élevait. De plus, quatre de ces composés pris de manière isolée durant cette même période de gestation montraient également un lien direct avec une diminution des performances cognitives.
Des pistes d’action pour la prévention
Concernant la portée de ces résultats, Claire Philippat indique qu’une légère baisse individuelle engendre, à l’échelle de la société, une augmentation du nombre d’enfants en difficulté et une diminution des profils très performants, ce qui pèse sur l’économie, la santé et le système éducatif. Néanmoins, ces molécules se caractérisant par une faible persistance corporelle, la chercheuse estime qu’il est possible d’agir rapidement en modifiant certaines habitudes quotidiennes, comme la réduction des cosmétiques ou l’évitement des contenants en plastique chauffés. Elle rappelle toutefois que seule une restriction réglementaire stricte permettra de protéger efficacement l’ensemble de la population.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
