L’entreprise américaine OpenAI a déclaré mardi qu’un de ses modèles d’intelligence artificielle était parvenu à résoudre l’équation de Navier-Stokes. Ce problème mathématique, qui porte sur le mouvement des fluides comme les gaz et les liquides ainsi que sur l’anticipation de leur évolution, trouve des applications dans la conception d’ailes d’avion ou les modèles météorologiques. Il a été formalisé à l’origine par le mathématicien et ingénieur français Henri Navier, puis complété par le physicien et mathématicien britannique George Gabriel Stokes.
Ce défi fait partie des sept problèmes dits du millénaire sélectionnés en 2000 par le Clay Mathematics Institute, dont la résolution est dotée d’un prix d’un million de dollars. Mark Chen, responsable de la recherche chez OpenAI, a qualifié cette annonce d’étape significative lors d’un point de presse, estimant qu’elle ouvre la voie à la résolution d’autres questions complexes. Sam Altman a par ailleurs indiqué que l’entreprise s’était lancée dans ce projet après avoir eu vent de rumeurs concernant des avancées de modèles d’Anthropic sur un problème du millénaire.
Pour parvenir à ce résultat en 88 heures, le modèle utilisé dispose de capacités supérieures à GPT-6 Astra. Il a mobilisé plus de 10 000 agents travaillant ensemble et généré plus de 130 milliards de « tokens », pour un coût en puissance de calcul s’élevant à des millions de dollars, selon Mark Chen.
Des interrogations sur l’utilisation de données et la méthode
Peu avant cette communication, le mathématicien australien Tristan Buckmaster a exprimé des doutes dans un message public. Avec son confrère Levent Alpöge, employé par la firme concurrente Anthropic, ils avaient retenu des hypothèses alternatives pour aborder ce problème. Selon Tristan Buckmaster, le modèle d’OpenAI aurait repris cette piste spécifique. Ayant employé Codex pour son projet, il a interrogé l’entreprise sur l’éventuelle utilisation interne de ses données.
Un chercheur d’OpenAI, Sébastien Bubeck, a affirmé qu’aucun prompt ni résultat de ce duo n’avait servi à diriger les agents ou modèles. L’entreprise a toutefois concédé par la suite ne pas pouvoir écarter l’éventualité que des données anonymisées de ces chercheurs aient pu contribuer à l’amélioration de ses modèles, tout en insistant sur le fait que la démonstration mathématique de son IA diffère nettement de la leur.
Les réserves de la communauté mathématique
Interrogé sur le sujet, le président du Clay Mathematics Institute a salué une journée enthousiasmante tout en rappelant que la validation d’une telle solution exige une rigueur stricte et prend du temps. L’examen d’une méthode ne peut intervenir qu’après deux ans d’existence dans une revue scientifique qualifiée et une validation par la communauté des mathématiques.
Par ailleurs, le mathématicien américano-australien Terence Tao, lauréat de la médaille Fields, a déploré le fait que la recherche de solutions soit déléguée exclusivement à des outils d’intelligence artificielle au détriment d’une collaboration directe entre humains et machines. Certains membres de la communauté mathématique craignent également que les résultats générés par l’IA ne deviennent impossibles à vérifier, ce qui risquerait de bloquer les progrès de la recherche.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
