Un compromis a été scellé entre Paris et Berlin concernant l’avenir de la filière automobile en Europe. Annoncé vendredi, cet accord a pour objectif affiché de garantir la transformation du secteur tout en préservant l’outil de production et les engagements climatiques du continent. Le président français Emmanuel Macron a insisté sur cette double ambition sur le réseau social X, estimant que les deux pays portent une vision claire pour l’industrie.
Dans le détail, ce texte valide un recul par rapport au tout-électrique initialement programmé pour l’horizon 2035. Les constructeurs devront abaisser leurs rejets de dioxyde de carbone de 90 % à cette échéance, sans l’obligation de compenser les 10 % restants, un point qui s’explique par l’utilisation future de carburants dits renouvelables, incluant les biocarburants. Cette concession ne fait pas l’unanimité : l’organisation non gouvernementale Transport et Environnement (T & E) estime que la proportion de véhicules électriques vendus ne devrait pas dépasser 73 % en 2035. Bastien Gebel, responsable décarbonation de l’industrie automobile de T & E France, déplore une telle orientation, tout comme l’ONG fustige l’intégration de certains véhicules thermiques à faibles émissions dans l’électrification des flottes d’entreprise.
Du côté des industriels, l’association européenne des équipementiers automobiles, Clepa, a salué un compromis parvenant à concilier exigence environnementale et réalités de production. Néanmoins, l’expert Neil Makaroff, du think tank Strategic Perspectives, met en garde contre un assouplissement jugé risqué, voire fatal pour le secteur au cœur de la course à l’électrification.
En contrepartie des largesses accordées sur le plan thermique, Berlin a validé le principe d’une préférence européenne resserrée dès 2028, destinée à contrer l’arrivée massive de véhicules chinois. Ce protectionnisme régional impose aux entreprises profitant de fonds publics de s’approvisionner à hauteur de 70 % en composants fabriqués au sein des Vingt-Sept ou dans des pays partenaires proches comme la Norvège, le Royaume-Uni et la Suisse. Toutefois, ce taux s’effondre à 10 % pour les composants de batteries, une disposition qualifiée de faute historique par Bastien Gebel, qui y voit un risque pour la montée en puissance des usines européennes de batteries au profit de sources meilleur marché en provenance de Chine.
L’entente franco-allemande doit encore franchir plusieurs étapes institutionnelles. Les Vingt-Sept et le Parlement européen devront en effet s’accorder définitivement sur ce paquet automobile et sur la législation afférente.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
