Un courrier de douze pages rédigé le 29 juillet par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, et adressé au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, met en lumière d’importantes défaillances dans la prise en charge des enquêtes sur les violences sexuelles faites aux mineurs. Ce document de travail synthétise les remontées d’informations établies par les parquets généraux à la suite de l’affaire Lyhanna.
Des dossiers non transmis et des procédures égarées
Le document met en cause l’existence d’un stock de dossiers qualifiés de « fantômes », correspondant à des procédures non répertoriées par la justice car elles ne lui ont pas été transmises. À Nîmes, le travail des procureurs a permis d’en identifier 1 275 procédures de ce type, tandis que ce nombre atteint 905 à Caen. À Agen, une quantité importante de dossiers en cours n’a fait l’objet d’aucune information auprès du parquet. Des pertes pures et simples de procédures ont également été relevées à Bourges, de même qu’un investissement professionnel jugé insuffisant dans certaines unités spécialisées.
Le ministère de l’Intérieur a confirmé l’existence de cette note sans en commenter le contenu. De son côté, l’entourage de Gérald Darmanin a fait part de regrets concernant la diffusion prématurée de ce document de travail, qui fait actuellement l’objet d’une expertise par ses services.
Réactions et questionnements syndicaux
Du côté des représentants professionnels, Justine Probst, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, estime que cette lettre se contente de documenter les difficultés rencontrées quotidiennement dans les juridictions. Rappelant que Gérald Darmanin a exercé les fonctions de ministre de l’Intérieur pendant quatre ans avant son homologue actuel, elle évoque le sentiment d’une découverte tardive de la réalité des services de police et de gendarmerie. Elle pointe des postes vacants et un manque d’agents pour enregistrer les procédures comme explications aux retards accumulés.
Le Syndicat de la magistrature souligne par ailleurs qu’en dépit d’une hausse du volume de plaintes, le nombre de magistrats et d’enquêteurs spécialisés n’a pas progressé de manière proportionnelle. Un bilan communiqué par le ministère de la Justice indique que depuis le 8 juin, ce sont 1 700 procédures d’informations judiciaires qui ont vu le jour, accompagnées de l’incarcération de 924 personnes dans le cadre de ces infractions.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
