La sous-nutrition et les maladies infectieuses représentent une menace majeure pour la survie des enfants, particulièrement dans les régions où la malnutrition est forte et la couverture vaccinale faible. Face à ce cercle vicieux qui touche l’Afrique subsaharienne, des chercheurs et des humanitaires ont évalué une approche inédite baptisée NutriVax.
Une double intervention dans l’État de Yobe
Le Nigeria présente l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés au monde, s’établissant à un niveau de 105 pour 1 000 naissances vivantes. Cette situation est particulièrement critique dans l’État de Yobe, situé au nord du territoire, caractérisé par une grande précarité alimentaire et un climat sécuritaire instable. C’est dans ce cadre que des scientifiques se sont associés à l’organisation humanitaire ALIMA pour concevoir l’essai clinique randomisé NutriVax-Measles, dont les conclusions ont paru dans la revue Nature Medicine.
Le projet a rassemblé des équipes du Centre de Recherche Bordeaux Population Health de l’Inserm, de l’IRD, de l’université de Bordeaux, du centre de recherche PAC-CI à Abidjan et du Yobe State University Teaching Hospital. La méthode repose sur la fourniture mensuelle de produits nutritionnels préventifs à base de lipides en petites quantités et prêts à l’emploi, nommés SQ-LNS, aux nourrissons âgés de 6 à 23 mois. Cette distribution se déroule durant les journées dédiées à la vaccination dans les centres de santé primaires, sans que l’obtention des suppléments ne soit subordonnée au consentement vaccinal.
Des retombées mesurables sur la vaccination
Pour évaluer l’efficacité de ce dispositif, vingt secteurs de l’État de Yobe ont été sélectionnés par tirage au sort en présence de délégués du ministère de la Santé et de responsables villageois. Des investigations menées auprès des foyers ont permis d’analyser les carnets de santé de plus de 3 000 enfants avant le début des actions et douze mois plus tard.
Les observations confirment que l’apport combiné de denrées nutritionnelles et des prestations vaccinales a conduit à doubler la proportion d’enfants immunisés contre la rougeole. Parallèlement, la part des mineurs n’ayant reçu aucune injection depuis leur naissance a diminué de moitié, tandis que le groupe des enfants non vaccinés touchés par la malnutrition aiguë a été réduit par trois. L’intervention a également favorisé une meilleure utilisation des carnets de santé et une observation accrue du calendrier vaccinal.
Perspectives et développements à venir
L’examen financier concernant les coûts et les avantages de ce programme demeure en cours. Toutefois, les premiers enseignements ont d’ores et déjà induit des applications concrètes, les instances dirigeantes de l’État de Yobe ayant inscrit la distribution conjointe de suppléments et de vaccins dans leur budget pour l’année en cours. De surcroît, un dispositif similaire sera mis en place au Cameroun afin d’être évalué avec les nouveaux vaccins pédiatriques contre le paludisme à travers l’étude NutriVax-Malaria.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
