La justice allemande a ouvert, sous haute sécurité dans la ville portuaire du nord du pays, un procès inédit concernant les explosions ayant endommagé les gazoducs Nord Stream en septembre 2022. Serguiï Kuznietsov, présenté comme un ancien officier de l’armée ukrainienne, comparaît pour répondre de plusieurs chefs d’inculpation, dont des destructions de biens, des perturbations de services publics et des accusations de crime de guerre liées à l’attaque d’infrastructures civiles.
Selon l’acte d’accusation présenté par le procureur Stefan Schmidt, l’accusé aurait agi à la demande des autorités ukrainiennes pour planifier la destruction des conduites énergétiques. Les enquêteurs allemands affirment qu’il a encadré un commando composé de plongeurs, d’un skipper et d’un artificier. Muni d’un faux passeport ukrainien, il serait entré en Allemagne en septembre 2022 avant de rejoindre le port de Rostock sur la mer Baltique. À bord d’un voilier loué, le groupe aurait transporté des explosifs militaires jusqu’à proximité de l’île danoise de Bornholm, où des charges munies de minuteurs ont été fixées sur les canalisations.
Les gazoducs, conçus pour acheminer le gaz russe vers l’Europe, ne fonctionnaient pas au moment des faits. Moscou avait déjà interrompu les flux via Nord Stream 1 en réaction aux sanctions européennes, tandis que Nord Stream 2 n’avait jamais été mis en service.
La défense plaide la légitimité des infrastructures
L’avocat de l’accusé, Nicola Canestrini, a soutenu que les gazoducs constituaient une arme politique et économique aux mains de la Russie. Il a également déploré les contraintes pesant sur son client, soumis à un devoir de réserve en tant qu’ancien militaire qui lui lie les mains dans le cadre de sa défense. Les conseils de Serguiï Kuznietsov ont par ailleurs tenté de contester la légitimité des juridictions allemandes dans cette affaire.
À l’extérieur du tribunal, un rassemblement de manifestants pro-ukrainiens s’est tenu, brandissant des banderoles et des drapeaux pour soutenir l’accusé et contester la qualification de crime de guerre. Ivan Kuritsyn, représentant d’une association locale, a souligné la présence de ces soutiens sur place.
Réactions internationales partagées
Le gouvernement de Kiev nie fermement toute implication dans l’organisation de l’opération, tout en estimant légitimes les actions susceptibles d’affaiblir les capacités financières de Moscou. Un haut responsable ukrainien a indiqué ne nourrir aucune attente particulière concernant l’issue de cette procédure judiciaire.
Du côté de la Russie, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a formulé l’attente d’une procédure objective pour identifier et nommer les auteurs ainsi que les commandants de l’opération. À Berlin, le ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul a rappelé la position de Kiev niant une initiative étatique et a précisé attendre la fin des audiences pour que le gouvernement allemand prenne position.
Le procès doit se prolonger sur plusieurs mois, avec des audiences planifiées jusqu’en février 2027.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
