Intervenant lors d’une conférence conjointe organisée par la Banque centrale européenne et la Banque d’Angleterre, Frank Elderson a pris la parole pour évoquer la question de la résilience dans un contexte qualifié de non-linéaire. L’événement rassemble des experts venus de dix-huit pays et de trois continents afin d’examiner les moyens d’assurer cette stabilité.
Durant son intervention, Frank Elderson a rappelé que la gestion des risques dans le secteur financier s’est longtemps appuyée sur l’hypothèse selon laquelle un volume suffisant de données, de modèles robustes et d’observations historiques permettait aux établissements bancaires d’estimer leurs pertes potentielles avec une précision raisonnable. Ces estimations servent traditionnellement à tarifer les risques, à constituer des provisions pour pertes attendues et à déterminer le niveau de capital nécessaire pour absorber des chocs majeurs.
Toutefois, le monde actuel se caractérise par une complexité et une incertitude croissantes, alimentées par la fragmentation géopolitique, les évolutions démographiques, l’intelligence artificielle, l’ordinateur quantique ainsi que par les crises climatiques et environnementales. Ces dynamiques partagent une caractéristique commune : elles proviennent de systèmes hautement interconnectés où de petites modifications peuvent engendrer des conséquences disproportionnées à travers des boucles de rétroaction et des points de basculement.
Abordant la distinction entre les types d’incertitude, Frank Elderson a rappelé les progrès accomplis par les banques et les superviseurs au cours de la dernière décennie pour identifier, quantifier et gérer les risques climatiques et environnementaux. Grâce à des outils, des données et des modélisations améliorés, il est désormais possible de mesurer les dommages directs infligés à l’économie, à la productivité du travail et aux chaînes d’approvisionnement par les conditions météorologiques extrêmes de l’été.
Les mécanismes de transmission vers les catégories de risques financiers font l’objet d’une compréhension accrue. Les banques utilisent des données géolocalisées et sur les risques climatiques pour modéliser l’impact des sécheresses et des inondations sur les métriques traditionnelles telles que la perte en cas de défaut. Depuis 2022, la part moyenne des revenus d’intérêts provenant de secteurs à forte intensité de carbone pour les banques d’importance surveillée est demeurée de manière constante au-dessus de soixante-dix pour cent.
Néanmoins, ces avancées ne constituent qu’une partie de la réalité. Les risques climatiques et environnementaux revêtent une nature prospective qui les rend difficiles à quantifier en raison de leur divergence par rapport aux événements passés. Concernant la catégorie des incertitudes connues, l’intervenant a rappelé que des points de basculement existent, à l’instar de la dépérissement de la forêt amazonienne et de l’effondrement de la circulation méridionale de retournement de l’Atlantique, dont les échéances exactes demeurent imprécises. De plus, sept des neuf limites planétaires ont déjà été transgressées par l’humanité.
Face à l’impossibilité de refléter les impacts futurs du changement climatique dans les données historiques traditionnelles, l’analyse de scénarios demeure un outil indispensable. Les scénarios élaborés par le réseau pour le verdissement du système financier constituent désormais la référence mondiale pour évaluer les répercussions sur les économies et les systèmes financiers.
Rédigé par la rédaction de Pressecrite.fr
